L’OENOTOURISME
:
UNE VALORISATION DES
PRODUITS ET DU PATRIMOINE VITIVINICOLES
AVANT-PROPOS
A la demande de Dominique BUSSEREAU, Ministre de
l’Agriculture et de la Pêche, et de Léon BERTRAND, Ministre
du Tourisme, j’ai préparé ce rapport sur le Tourisme
vitivinicole avec Robert MONDY, Ingénieur général du
Ministère de l’Agriculture, et Bernard ROUSSEAU, chargé de
Mission à l’Inspection générale du Tourisme,
assisté d’Isabelle GOBRON.
En résumé, la question
posée est :
"Que peut
apporter le tourisme au viticulteur, et vice-versa ?"
Nous avons enquêté dans les principales
régions viticoles de France, nous avons auditionné des
représentants d’organisations professionnelles, des experts, des
journalistes spécialisés, (la liste se trouve en annexe).
Nous avons également tenu à aller voir
sur le terrain des exemples de réalisations alliant tourisme et
viticulture particulièrement exemplaires comme le Hameau du vin
de Georges DUBEUF ; La Winery de Philippe RAOUX, Les sources de
Caudalie au Château Smith Haut Lafitte de Florence CATHIARD et
d’Alice CATHIARD-TOURBIER, en Toscane et en Espagne, dans la Rioja,
l’une des plus intéressante réalisation de synergie Vin
etTourisme dont nous reparlerons plus loin.
De ce travail, la première
constatation qui s’impose est qu’il existe d’importantes
ressources inexploitées qui permettraient avec la mise en place
progressive d’actions spécifiques de développer
l’oenotourisme. (Nous avons employé dans ce rapport
indifféremment le terme oenotourisme et le terme de tourisme
vitivinicole qui figurait dans la commande : mais ce dernier est trop
compliqué. On pourrait aussi supprimer le "vini" ou
le "viti" pour parler du tourisme viticole ou tourisme
vinicole, mais il faut choisir !) Je propose donc d’adopter
et de stabiliser ce concept d’oenotourisme qui présente
l’avantage d’une compréhension et d’une reconnaissance
internationale.
Les synergies sont nombreuses et l’on verra
dans ce rapport que l’éducation et la formation devront jouer un
rôle fondamental.
La deuxième constatation est
que si ce rapport apporte quelques solutions, il met souvent en lumière
des pistes de réflexions et d’orientations qu’il y aura lieu
d’approfondir avec des études spécifiques qui pourraient
être réalisées conjointement avec ODIT-France; La Maison de
la France, l’INAO, VINIFLHOR, et les interprofessions viticoles.
C’est un chantier majeur pour l’avenir de
l’œnotourisme. Les perspectives sont suffisamment importantes,
j’insiste sur ce point, pour que ce travail soit mené
sérieusement par les autorités compétentes, politiques,
administratives et professionnelles.
L’objectif à atteindre
est évidemment d’augmenter le chiffre d’affaires des
viticulteurs et celui des acteurs du Tourisme.
Pour les viticulteurs, il est
essentiel de s’appuyer sur la notoriété de la
"Destination France" pour le tourisme, qui permettra une valeur
ajoutée pour le vin, donc de meilleurs prix ; certains viticulteurs
pourront s’adjoindre ce que l’on peut appeler des produits
dérivés ou complémentaires, chambres d’hôtes,
animations culturelles ou sportives, musées, formation etc.…
apportant un revenu complémentaire.
Pour les acteurs du tourisme, leur
rôle sera essentiellement la mise en réseau. Les propositions que
nous faisons s’articulent autour de quatre thèmes principaux :
1. Construire une
culture commune de valorisation par l’œnotourisme du patrimoine
vitivinicole français, avec deux éléments essentiels : les
paysages et l’architecture ;
2. Accroître la
lisibilité de l’offre touristique et viticole ;
3. Mettre
l’œnotourisme en réseau avec les autres formes de tourisme ;
4. Former ensemble les
acteurs de l’œnotourisme.
Cette commande commune des ministres de
l'Agriculture et du Tourisme n'est certes pas la première, mais elles
restent tout de même assez rares. L'étude a montré que les
approches interministérielles (et l'on peut penser aussi aux
ministères de la Culture et de l'Ecologie) sont une
nécessité pour les secteurs d'activité en
émergence.
Je souhaitais saluer cette initiative
commune et remercier les ministres qui m'ont confié cette mission.
Paul DUBRULE
Co-fondateur du groupe ACCOR
Ancien Sénateur- Maire de
Fontainebleau
Paris, le 3 mars 2007

INTRODUCTION
La notoriété et la
grande diversité des vins français s'expliquent en grande partie
par la variété des terroirs: les paysages viticoles en sont une
traduction esthétique caractéristique, qui participe du
patrimoine touristique du pays.
Autour, et au-delà, des vins
eux-mêmes qui sont des produits de réputation mondiale, c'est tout
un ensemble, à la fois très divers et cohérent, qui
construit autour de la vigne et du vin, une image, des évocations, une
identité, en un mot une réalité qui est d'ordre culturel.
C'est l'un des attraits majeurs de la
France sur le plan touristique que d'inviter à la recherche, à la
découverte, à l'initiation d'un art de vivre à la
Française qui intéresse. Patrimoines, paysages, art de vivre
constituent le triptyque d'atouts majeurs de l'offre touristique de la France.
Les paysages de vignes, la culture historique et les atouts patrimoniaux de
l'activité viticole, la culture du vin et du savoir "bien"
vivre emblématique de la France.
Jouant sur le terrain de la
perception, des sensations et du plaisir, l'offre touristique vitivinicole
accompagne les vins qui en sont à la fois les produits
emblématiques mais aussi la valeur économique majeure. Cette
offre se diversifie : elle est créative, dynamique et inventive. Mais
elle est aussi morcelée, fragmentée, difficile à lire,
inégale, à la fois surabondante et insuffisante. On ne peut
qu'être frappé du parallélisme entre les constats sur les
difficultés de la production viticole et les caractéristiques de
l'offre touristique. Dans les deux cas la recherche d'une meilleure
valorisation de potentialités incontestables s'organise autour de deux
questions :
-
comment améliorer les "produits" – et donc en ce qui
concerne le tourisme vitivinicole – que doit-on associer aux vins de
France pour proposer l'accès à cette offre
culturelle unique afin de mieux la valoriser dans le domaine économique
?
-
comment s'organiser, entre les multiples acteurs du domaine,
pour construire une stratégie commune qui s'inscrive dans une
démarche touristique et qui constitue une réelle valeur
ajoutée au bénéfice de l'ensemble du secteur
?
Ce rapport vise à faire un
état des lieux sur les possibilités offertes par le tourisme en
lien avec la viticulture en élargissant le champ de réflexion
au-delà des vins eux-mêmes pour prendre en compte les
modalités et l'environnement de la production viticole avec mention
particulière des paysages.
Il propose quelques actions et
orientations pour la valorisation de cette activité, partie
éminente du patrimoine touristique de la France.
I – OU EN EST LE TOURISME VITIVINICOLE ?
I.1 – LE TOURISME VITIVINICOLE : UNE
RÉALITÉ ET UN POIDS ÉCONOMIQUE
Le tourisme vitivinicole, ou
œnotourisme (voir définition en annexe 3) peut être
défini par l'ensemble des prestations relatives aux séjours des
touristes dans des régions viticoles : visites de caves,
dégustations, hébergement, restauration et activités
annexes liées au vin, aux produits du terroir et aux traditions
régionales.
Que sait-on sur le tourisme
vitivinicole ?
Le rapport publié en 2001 par
l'AFIT (Agence Française de l'Ingénierie Touristique) devenue
depuis ODIT-France est un bon point de départ pour la connaissance de
l'offre et de la demande en tourisme vitivinicole. Ce rapport s'appuie sur une
analyse documentaire approfondie et sur une série d'enquêtes
auprès de la population française, de clients de tourisme
vitivinicole français et étrangers, d'institutionnels et de
professionnels et de visiteurs des grandes régions viticoles.
L'enquête auprès de
l'offre
Les deux motivations principales du
tourisme vitivinicole visent à :
-
augmenter le volume des ventes directes de vin,
-
accroître le volume général du tourisme dans les
régions viticoles.
Dans son rapport, l'AFIT recense neuf
types de prestations proposées :
1. routes des vins
2. sentiers et chemins de
randonnées viticoles
3. circuits ou séjours
organisés dans le vignoble
4. stages d'oenologie
5. visites et autres prestations des
exploitations viticoles
6. musées,
écomusées du vin
7. maisons du vin
8. fêtes et festivals
9. salons professionnels, foires au vin
locales, ventes aux enchères.
L'AFIT a estimé à
environ 5 000 les caves, exploitations, domaines ou châteaux ouverts au
public, pour une surface totale de vignobles de 850 000 hectares.
Pour améliorer la connaissance
de cette offre à l'étranger, Maison de la France a mis en place
en 2000 un groupe de travail sur le tourisme vitivinicole, regroupant autour
des deux partenaires nationaux que sont la SOPEXA et VINIFLOHR cinquante
professionnels du tourisme et du vin illustrant la diversité des
prestations offertes.
L'offre est synthétisée
dans une carte de "la France des vins" présentant les 17
vignobles de France et leurs sites les plus remarquables.
Les éléments ci-dessus
ont été complétés par des enquêtes
auprès d'institutionnels du vin et du tourisme et auprès de
professionnels du vin.
L'enquête auprès des
institutionnels avait pour objectif :
- de compléter l'inventaire
des types de produits mis sur le marché,
- de
connaître leur diagnostic sur les atouts et les obstacles au
développement du tourisme vitivinicole,
- d'identifier les
actions déjà menées sur le terrain,
- de recueillir les suggestions de
pistes de développement.
Dans cette enquête, il ressort
certains points qui sont évidemment à moduler selon les
régions :
- la méconnaissance des
deux univers du tourisme et du vin "sur le terrain",
- la
nécessité d'améliorer la qualité de l'accueil dans
les caves avec une meilleure professionnalisation touristique des vignerons,
- le problème
d'un déficit d'hébergement marchand dans le vignoble,
- la problématique de la
lisibilité des vins dans le vignoble, avec une signalétique
insuffisante mais aussi une démarche qualité très variable
selon les sites.
Pour ce qui concerne l'accueil dans les caves,
l'AFIT a publié en 2004 un mini guide, à l'usage des
professionnels, intitulé "réussir l'accueil dans les
caves" comportant de nombreux conseils utiles.
Des exemples peuvent aussi être
recherchés à l'étranger comme celui du domaine de
"Morgenhof" en Afrique du Sud présenté lors d'une table
ronde au Sénat le 28 octobre 2004.
L'enquête auprès des professionnels a
permis de quantifier les prestations proposées dans leurs
établissements. Ce sont :
- la dégustation : 100 %
(payante dans 17 % des cas),
- la visite des
caves : 81 % ( payante dans 14 % des cas),
- d'autres activités : 51 %
[telles que la visite des vignes (21 %), un hébergement (15 %), une
initiation oenologique (10 %), un repas (6 %)…]
Les langues étrangères
principalement pratiquées sont l'anglais (81 %), l'allemand (46 %).
Enfin l'enquête auprès
d'organisateurs du tourisme de groupe a montré qu'ils
privilégient les régions à forte notoriété
et qu'ils programment rarement un tourisme purement vitivinicole.
C'est pour améliorer les
relations entre les professionnels et les organisations
étrangères de voyages que Maison de la France organise tous les
deux ans l'opération "destination vignobles". La
dernière a eu lieu à Bordeaux les 19 et 20 octobre 2006 et a
permis à une centaine de tour-opérateurs étrangers de
rencontrer une soixantaine d'acteurs du tourisme vitivinicole français.
L'enquête sur la demande
Dans le rapport de
l'AFIT, l'analyse de la demande visait principalement à :
- connaître
les profils de la clientèle du tourisme vitivinicole à
l'échelle nationale et régionale,
- identifier les
réseaux d'information et de prescription,
- comprendre les
motivations de la clientèle et ses comportements touristiques,
- mesurer le niveau
de satisfaction sur les prestations proposées,
- relever les
freins à la fréquentation et les attentes principales du
marché.
Pour ce faire, elle reposait sur :
- une enquête
"omnibus" auprès de la clientèle nationale
- une enquête
auprès des touristes clients des sites du tourisme vitivinicole
- une enquête auprès de
touristes non clients du vignoble
L’enquête omnibus
auprès des Français met en évidence un fort
intérêt pour le vin et la vigne puisque :
- 40 % des
français affirment être allés lors de vacances ou week-end
en France dans une cave pour visiter, déguster ou acheter du vin,
- 22 % des
français ont choisi au moins une fois leur destination parce qu'ils
pouvaient y découvrir le vignoble et y acheter du vin,
- 28 % ont fait au moins une fois un
détour pour la même raison.
Pour les Français, la capacité
d'attraction du tourisme vitivinicole augmente avec le revenu, l'âge et
l'absence d'enfants à charge.
Les trois régions les plus
prisées sont le Bordelais (21 %), l'Alsace (17 %) et la Champagne (12
%), le Languedoc-Roussillon (8 %), la Vallée du Rhône (6 %), le
Sud-Ouest autre que Bordelais (6 %), le Val de Loire (5 %), la Provence-Corse
(3 %).
Un sondage récent (septembre
2006) réalisé par l’Institut CSA montre que les deux
produits du terroir auxquels les Français sont le plus attachés
sont les fromages (46 %) et le vin (38 %), loin devant les fruits et
légumes (19 %) et le foie gras (13 %).
Ce sondage montre
l’intérêt qu’il pourrait y avoir à rapprocher
lors de campagnes de dégustation ou de promotion plusieurs produits
comme par exemple le fromage et le vin, le foie gras et le vin, ou la
truffe et le vin (exemple : les "assemblages" du Maître
fromager Xavier à Toulouse).
L'enquête sur place
auprès de français et d'étrangers donne une proportion de
67 % de français parmi le public accueilli dans les caves.
Pour les étrangers, les
principales clientèles sont belges (27 %), britanniques (21 %),
allemandes (15 %) et néerlandaises (11 %). Globalement, l'Europe, y
compris la Suisse, représente 82 % de la clientèle
étrangère.
La tranche d'âge 35-64 ans
représente 67 % et les couples sans enfants 47 %. 65 % utilisent des
hébergements marchands.
Visites de caves et achat de vin sont
les activités essentielles et les dépenses d'achat de vin
tournent autour de 120 € par ménage. On note de fortes attentes en
matière de gastronomie liée au vin.
Au-delà, la demande porte sur un tourisme
d'agrément classique avec découverte de la région (56 %),
visite à la famille (29 %), visite de patrimoine naturel (25 %) et
bâti (22 %).
A partir de ces enquêtes,
l'AFIT a constitué une typologie en positionnant les individus sur deux
axes exprimant, l'un la fidélité plus ou moins grande au vignoble
et l'autre des motivations soit "touristiques", soit
"consuméristes".
Quatre familles de clients ont ainsi
été dégagées :
-
les amateurs du vignoble (20 %) viennent régulièrement dans le
vignoble pour s'y fournir en vin de la région. Ils ont une bonne
connaissance du vin surtout dans le vignoble enquêté,
-
les amateurs de la région (22 %) viennent régulièrement
dans la région pour son vin mais également pour profiter de ses
attraits touristiques,
-
les amateurs de vin (20 %) viennent pour la première fois dans le
vignoble et cherchent à acheter. Ils sont connaisseurs des vins en
général,
-
les amateurs de l'offre touristique (38 %) ont pour motivation la
découverte d'une région, dont une dimension incontournable est le
vignoble et le vin, qu'ils appréhendent dans sa dimension culturelle et
touristique. On trouve dans ce groupe davantage d'étrangers.
L'enquête auprès des
touristes séjournant dans des régions viticoles mais ne
fréquentant pas les sites de vin apporte peu d'information car la raison
majeure évoquée pour cette non-fréquentation tient
à des motivations de séjour autres qui obèrent le temps
disponible pour le vignoble.
L'enquête auprès des
clients individuels permet de recenser leur intérêt pour certains
produits. Arrivent en tête :
-
le repas typique chez un viticulteur (28 %),
-
l'initiation à la dégustation (27 %),
-
les week-ends œnologie - gastronomie (22 %),
-
la dégustation de différents vins, accompagnée d'une
collation (23 %).
A l'inverse l'existence
d'un accueil spécifique pour les enfants ou des circuits vélo
suscitent peu d'intérêt.
Pour les clientèles de groupes,
la programmation se fait principalement sur des produits pour lesquels le vin
n'est qu'une composante thématique associée à d'autres
activités (patrimoine, gastronomie, sport, …).
La notoriété des
vignobles joue un rôle important dans le choix de la région. Ainsi
l'Alsace et le Bordelais arrivent en tête. Enfin pour le choix des caves
visitées, six critères apparaissent prédominants :
-
la notoriété de l'enseigne,
-
la qualité de l'accueil des groupes,
-
les facilités pour l'accueil des groupes,
-
la prescription des offices et institutions du tourisme,
-
l'environnement, le cadre et l'authenticité,
-
les langues pour les visiteurs étrangers.
I.2 . LE TOURISME VITIVINICOLE : UN DEVELOPPEMENT
PROMETTEUR SUR FOND DE CRISE VITICOLE :
L’enquête de l’AFIT
de 2001 constitue une base de référence. Elle a été
reprise, complétée et actualisée dans des contextes
régionaux ou locaux (par exemple en Aquitaine par le CRT et le CDT
Gironde en 2004) ou dans des travaux de chercheurs dans ce domaine.
A partir des entretiens
réalisés (cf. annexe 2), on peut faire cinq remarques :
1ère REMARQUE
De manière unanime, la
crise viticole, perçue comme durable, paraît avoir
été le déclencheur d’une dynamique de
développement.
A cet égard le rapport remis
par le préfet POMEL au ministre de l’Agriculture, (en mars 2006),
proposant un plan national de restructuration de la filière vitivinicole
dresse un constat qui paraît unanime de la situation de crise de la
filière viticole et recense les handicaps à surmonter et les
atouts à préserver et valoriser.
Relevons pour ce qui concerne notre
sujet que dans les atouts avancés figure en bonne place le fait que
"le vin est partout dans le monde associé spontanément
à l’art de vivre à la française (…) que la
viticulture française est lourde d’externalités positives
(...) et qu’elle est une activité structurante pour les
paysages".
Au rang des handicaps
"l’offre trop complexe et trop peu lisible" concernant les vins
peut caractériser également l’offre oenotouristique…
Quant aux objectifs poursuivis ils
font une large place à la recherche d’innovations favorisant un
pilotage par la demande, et préconisent un affichage culturel permettant
de "prendre en compte la préservation des paysages (...),
l’éducation au goût, (...) la préservation de la
dimension du plaisir et du caractère festif avec… la consommation
de produits nouveau tirés de la vigne, champ qui doit être
largement ouvert à toutes les innovations dans ce domaine".
Le rapport préconise la mise
en place d’un nouveau mode de gestion de la filière viticole avec
notamment le regroupement des produits autour de la notion de "Vins de
France", appellation déjà utilisée par Maison de la
France et la SOPEXA dans leurs campagnes de promotion à
l’étranger.
La démarche de modernisation
doit s’articuler autour de trois volets :
-
organiser la conduite du changement
-
insuffler une nouvelle dynamique économique à la viticulture
française
-
assurer l’accompagnement technique, économique et social du
changement.
Pour notre rapport, les points
à retenir plus particulièrement semblent les suivants :
-
l’organisation de l’action au sein de bassins viticoles. Le rapport
POMEL en identifie 10 alors que la carte "Vins de France"
utilisée par Maison de la France et la SOPEXA en comporte 17,
-
la création d’un Conseil National de la Viticulture de France,
effective depuis le 15 juin 2006,
-
la redéfinition des rôles des instruments au service de la
viticulture : INAO, devenu l’Institut National de l’origine et de
la qualité (voir décret n° 2002-30 du 5 janvier 2007 relatif
à la valorisation des produits agricoles, forestiers ou alimentaires et
de la mer ), VINIFLHOR, ITV, …
-
l’amélioration de la lisibilité de l’offre,
-
la restructuration du vignoble et l’évolution des pratiques
culturales et oenologiques.
D’une manière plus
générale, on peut noter que les périodes de crises ont
influencé, dans le passé, l’évolution des vignobles
et participé à la création de la situation actuelle.
Ainsi, la crise du phylloxéra a été l’occasion de
remodeler, dans la plupart des vignobles, les vignes qui étaient
auparavant plantées en foule, pour leur donner l’apparence qui est
connue désormais sous forme d’alignements réguliers.
2ème REMARQUE
Une large majorité d’avis
témoigne d’un fort développement de l’oenotourisme,
et plus encore, signale les potentialités importantes que l’on
entrevoit pour ce secteur. Le tourisme vitivinicole est considéré
comme l’un des secteurs de l’économie européenne qui
connaîtra une croissance forte : il répond en effet à une
demande sociétale pour des produits de qualité, pour les
terroirs, pour la typicité des paysages assimilés à des
cadres de vie de qualité, où l’on puisse se livrer à
des activités de détente et participer aux
évènements culturels liés à ces lieux.
Ce constat ne se limite pas à
la France : par exemple une rencontre récente sur le thème du
tourisme vitivinicole de 60 lycées viticoles en provenance de 11 pays
européens différents a mis en évidence, dans des contextes
historiques et institutionnels différents, les dynamiques prometteuses
constatées, l’intérêt des réseaux territoriaux
pour ce développement, ainsi que l’accompagnement des
différents acteurs par la formation.
Cependant ce secteur manque
cruellement de données fiables, actualisées et comparables.
Même si nombre
d’interlocuteurs se prononcent pour la création d’un
"observatoire de l’œnotourisme" qui permettrait
d’élaborer et de suivre une connaissance partageable du domaine,
il ne faut pas se cacher la difficulté d’un tel exercice.
Au minimum, on pourrait demander que
l’étude réalisée par l’AFIT soit
réactualisée, ce qui implique une participation financière
des opérateurs concernés. Pour ce qui concerne la
clientèle étrangère, l’analyse des consultations des
sites de Maison de la France ou de la SOPEXA permet de donner quelques
indications sur l’évolution des demandes et sur l’impact des
campagnes de promotion. Ainsi la fréquentation des pages "art de
vivre/vin" du site franceguide.com a progressé de plus de 50 %
entre 2005 et 2006 (pour les 8 premiers mois de l’année), avec des
différences notables selon les pays (+ 129 % en Belgique, contre
seulement + 21 % en Grande-Bretagne et + 27 % aux USA).
3ème REMARQUE
En contrepoint, on ne peut que
constater la multiplicité d’acteurs d’origine et de cultures
différentes, intervenant dans un contexte qui reste fortement
concurrentiel. L’émergence de démarches collectives
indispensables à une valorisation de ce secteur vitivinicole dans le
cadre d’un tourisme qui s’internationalise ne va pas de soi. La
conception des dispositifs, et surtout leur animation, est une entreprise
extrêmement complexe. Les opérateurs publics se retrouvent ainsi
en charge de fédérer et de tenter d’organiser le secteur en
étant eux-mêmes extrêmement cloisonnés. Cette
organisation entraîne une dilution des moyens financiers qui sont
déjà considérés comme nettement inférieurs
à ceux que consacrent certains de nos concurrents à la promotion
de leurs produits.
A titre d’exemple, VINIFLHOR a
consacré 5 millions d’Euros à la promotion des "vins
de France" sur 17 marchés, alors que dans le même temps le
comité interprofessionnel des vins de Bordeaux consacrait 8 millions
d’Euros à la promotion de ses seuls produits. Ainsi, à
côté d’une multitude d’initiatives et de
réalisations ponctuelles d’opérateurs privés, les
démarches collectives ne peuvent en effet être portées que
par des acteurs publics ou parapublics ce qui requiert soit une volonté
et une capacité politique forte, soit une perception commune des
difficultés.
4ème REMARQUE
La double contrainte d’une
diversification recherchée et d’une affirmation
d’identité.
- Les signes
d’une recherche de diversification des produits touristiques liés
au vin et au vignoble sont très présents : cette diversification
à travers le tourisme vitivinicole est perçue comme un enjeu de
plus en plus important, en réponse à une demande grandissante
évoquée ci-dessus. On peut par exemple imager cette recherche de
diversification avec les six catégories retenues par les jurys de
"Best of Wine Tourisme" :
La variété des domaines
proposés invite le touriste à une palette d’attitudes
physiques et intellectuelles plus ouvertes, gage de séjour au cours
desquels le touriste s’implique par son activité :
· Architecture
il s’agit de
découvrir une histoire
dans l’espace
· Art et
culture il s’agit de
s’ouvrir à
la création
· Evènements
il s’agit de
bousculer son cadre de
référence
· Paysage
il s’agit de se
balader avec une approche sensible
· Hébergement
il s’agit de
séjourner et de bien
être
· Services
il s’agit de être
accueilli et de réussir son séjour
A signaler la faible référence
à la gastronomie qui paraît considérée comme
déjà intégrée et donc écartée des
domaines d’initiatives nouvelles…
- La première
difficulté est celle de l'affirmation d’une identité
:
Dès lors que
l'on veut sortir de la typicité d'un produit (le vin), en un lieu
donné (la propriété), à une date donnée,
pour afficher une image plus large, plus lisible et compréhensible, on
se heurte à une difficulté majeure : celle de définir le
ou les concepts qui "parleront" au touriste-client et qui traduiront
l’offre oenotouristique. Il s’agit de repérer les
"emblèmes" qui feront écho et deviendront les
"accroches" pour une envie de séjour.
Ces
"emblèmes" ne recueillent pas la même adhésion
sur la planète, et ce qui parlera à un européen
"moyen courrier" ne sera généralement pas pareillement
perçu par des touristes potentiels venant de l’autre
côté du globe.
Dans certains cas, l’accroche
principale n’est pas le vignoble. C’est le cas par exemple de
CAHORS qui s’appuie sur la notoriété acquise par le
patrimoine urbain et l’opération "les jardins secrets"
ayant permis l’obtention en 2003 du prix spécial de la mise en
valeur du patrimoine pour lancer un concours "Cahors
vignoble-jardin", incitant les touristes à parcourir le vignoble
à la découverte des vins, des paysages et du patrimoine avec des
lots à gagner.
La deuxième
difficulté, une fois défini le concept central qui fait
consensus, est de déterminer les limites, qui complètent le
processus identitaire :
- quel territoire ?
- quelles
caractéristiques ?
- quelle
dénomination de référence ?
- quelles
règles de garanties ?
- ...etc.
A bien des égards on retrouve
là, appliquée à l’œnotourisme, la
démarche de définition des appellations bien connue des
viticulteurs, qui est celle de l’INAO pour les produits agricoles.
On sait
l’énorme apport que cela a été notamment pour la
viticulture, mais aussi les limites que l’on y voit actuellement en
matière de communication sur les vins français.
Il semble
qu’aujourd’hui un accord se dessine autour d’une vision
intégrée, plus large et cohérente, du vin dans son
patrimoine de production, où la dimension culturelle prend le pas sur le
produit "vin", même si celui-ci reste central en matière
de valorisation économique.
Même consensus sur la
méthode à utiliser pour y parvenir : un système de
critères de convergences du type chartes (d’accueil,
paysagères, bonnes pratiques… etc) paraît
préférable aux normes édictées : un tel
système peut permettre de résoudre harmonieusement cette double
démarche de recherche d’identité et de diversification.
5ème REMARQUE
Quelques dimensions mises en exergue
dans les discours sur l’œnotourisme (glanés à la
lecture de documents promotionnels)
Le tourisme
vitivinicole, c'est :
- "un art de
vivre,(.) une satisfaction(.) et un plaisir"
- "un art de vivre
qui doit être privilégié"
- "une approche
intégrée associant le vin à tous les produits issus de
l'alliance entre deux secteurs (IAA et Tourisme) dans une exigence de
qualité"
- "une
intégration du paysage qui est un atout pour l'œnotourisme".
C’est aussi
· une démarche :
- le vin est porteur d'image
- je découvre, je rencontre, je
visite, j'apprends, je parcours, je savoure, … j'achète,
- j'en parle, je reviens….
- une exigence de qualité qui
n'uniformise pas
- une valorisation de la
typicité du métier de vigneron
- un registre de
vocabulaire, publicitaire, parfois emphatique, resserré sur quelques
champs sémantiques particuliers
- Les lieux
"Terroirs (forcément…exceptionnels !), paysages, soleil,
vignobles, jardin extraordinaire "Région où la vie est un
art, … routes, sentiers…."
- Le patrimoine
"Pays de haute culture, tradition ancestrale, historique, civilisation du
vin ; tradition gourmande, l'initiation, valeurs caves, chais, habitat
traditionnel, maison du vigneron…"
- Le langage des sens
et de la sensualité "Enchantement, magie, douceurs naturelles,
surprises, étonnement, imaginaire du vin, route des plaisirs,
dictionnaire amoureux du vin, gourmandise, gastronomie, bien-être,
sensations, arômes, parfums, dégustation, goût, …
etc. Recette du bonheur, harmonie, beauté, luxe, variété,
diversité, générosité… et la fête
!".
· une mise en scène dans
des lieux privilégiés d'une rencontre sensitive entre un produit
(le vin et les produits associés) et l'humain (fait de corps et
d'esprit). L’utilisation souvent systématique des ressorts de la
séduction concerne bien évidemment l’essentiel des
démarches publicitaires de tous ordres, quels que soient les produits :
elle paraît cependant bien adaptée à un tourisme
vitivinicole caractérisé par une relation étroite et
directe avec les cinq sens, dans un contexte de qualité.
Certains domaines sont cependant peu ou pas
représentés
- Histoire des techniques de
production et vinification.
- Paysage et art
(peinture, photographie…
- Paysage, vin et
littérature, philosophie.
- Territoires
- Création
artistique – art contemporain.
- Santé
– sport – découverte.
- Santé
– soins – beauté
- Gastronomie (dans
les documents des producteurs)
- Etc..
I.3 – LE TOURISME VITIVINICOLE : LES
"DOMAINES D'INITIATIVES"
L’exploration des
"domaines d’initiatives" sous forme à la fois de regard
porté sur des projets et des réalisations en cours ou bien, en
creux, sur des suggestions de valorisation de secteurs peu
représentés porte sur la diversification de l’offre
oenotouristique : c’est un questionnement.
Trois directions ont
été privilégiées :
-
· Les lieux du vin : sites, paysages, patrimoine…
-
· Les produits : vins et produits associés
-
· Les hommes et l’art de vivre : le vigneron et
l’éleveur de vin, la culture du goût, le touriste,
l’homme cultivé, l’homme initié,
l’activité physique et intellectuelle, la santé et la
beauté, la femme et la sensibilité féminine, l’art
de vivre demain, ….
I.3.1. – LES LIEUX DU VIN
: LES PAYSAGES VITICOLES
La vigne et le vin ont
accompagné les civilisations nées et construites autour du bassin
méditerranéen et constituent depuis l'Antiquité un
marqueur fort de cette partie de l'histoire de l'humanité. Si les lieux
de confection du vin que sont caves et chais sont maintenant largement ouverts
aux visites et valorisés par la vente à la
propriété, la connaissance de l'environnement des vignobles, des
terroirs et plus généralement des paysages viticoles reste
limitée : elle constitue cependant une voie importante de
développement de l'œnotourisme.
I.3.1.1. ESSAI
DE DÉFINITION
Le "paysage" est une notion
difficile à définir : il est aujourd'hui admis que le
"paysage" n'est pas qu'une représentation
d'éléments visibles mais qu'il résulte de l'interaction
entre les potentialités d'un site proposé et le regard de celui
qui s'y confronte. On ne peut mieux faire comprendre qu'en faisant le
parallèle entre appréciation d'un vin et appréciation d'un
paysage :
-
Comme un vin donné, un site est un assemblage complexe, un produit
vivant, qui é
-
Il est le résultat d'histoire, de pratiques que l'on peut retrouver et
identifier.
-
La rencontre entre l'homme et le paysage comme entre l'homme et le vin est
faite e perceptions, de sensations, qui s'enracinent dans nos
références et notre imaginaire.
Dans un document à
paraître de l'ITV, nous retrouvons cette analyse "le paysage est
l'expression conjuguée du plaisir des sens : celui du regard, du
goût, des parfums, du toucher, du son : c'est avec les mêmes sens
que l'on apprécie un produit tel que le vin".
I.3.1.2. LE PAYSAGE VALEUR
AJOUTÉE À LA PRODUCTION VITICOLE
· Les paysages viticoles
sont particulièrement identifiés, aussi bien par les aspects
linéaires et réguliers du vignoble, l'utilisation du relief et de
l'exposition que par les structurations induites par les systèmes de
production qui influent sur l'habitat, la communication et l'architecture.
· Le paysage
viticole est un cadre de vie identitaire et identifié
par son harmonie à une qualité de vie pour ses habitants.
· L'assimilation
recherche de la qualité du produit – recherche de la
qualité de paysage se fait naturellement, si tant est que
des politiques concertées de protection et d’aménagement
des paysages soient développées, par exemple par le biais de
chartes de territoire. En ce sens le paysage viticole est un secteur
privilégié de communication accompagnant la
promotion des produits.
· Le paysage
viticole constitue un potentiel touristique encore peu développé.
A titre d'exemple le classement au Patrimoine mondial de l'UNESCO des paysages
de Saint-Emilion aurait généré une croissance d'environ 20
% des retombées touristiques.
I.3.1.3. LES
PISTES DE VALORISATION
·
Développer une "culture paysagère" chez les acteurs du
tourisme vitivinicole. (Professionnels de la vigne et du vin,
collectivités, associations, opérateurs du tourisme).
Un bon exemple est fourni par les
initiatives des CAUE qui essaient de promouvoir la culture et la diffusion des
aménagements de l'espace. De manière plus spécifique une
demande particulière concernant les paysages de vigne (ex. exposition
sur la démarche paysagère du CAUE 33 à Bordeaux) pourrait
êtretravaillée. Elle suppose de solliciter et favoriser la
recherche et la recherche appliquée pour garnir les
références et démarches et de proposer un prolongement par
les formations. Un moyen très pragmatique d’avancer dans ce
domaine est de pratiquer une "expérimentation débattue"
sur le terrain, sur cas concrets.
Le parallèle avec ce qui a été
fait pour fonder et diffuser la formation au goût et à la
dégustation est d'évidence, et l'on voit bien les prolongements
qui ont pu être donnés avec les écoles de
dégustation. La sensibilisation et l'augmentation du niveau de
compétence des viticulteurs ont été bien menées.
Il en va de même pour la connaissance,
l'appréciation et la proposition de produits touristiques centrés
sur les paysages de vigne : il faut rassembler les compétences et
considérer que, de même qu'ils ont su le faire pour les vins, les
acteurs de la filière vitivinicole peuvent développer les outils
de communication et de promotion pour "la dégustation des
paysages". Apprendre à apprécier, trouver les "mots
pour le dire", pour exprimer les sensations, les émotions, les
analyses…
On peut également rechercher quelque analogie
avec le tourisme thématique sur l'art des jardins et lier plus vins et
paysage (l'exemple du Chianti et des paysages toscans est parlant).
L’expérience menée par CAHORS et sa région est
également intéressante.
Dans ce domaine il y aurait certainement
intérêt à analyser le système mis en place pour le
concours des villes et villages fleuris : cahier des charges, organisations des
jurys, … Le grand intérêt de cette démarche est son
organisation bien rôdée et parfaitement assimilée par les
collectivités. Elle concerne l’ensemble du territoire national, se
traduit par un classement reconnu et valorisant, et est mise en valeur par une
ou plusieurs manifestations annuelles de grande ampleur. Des prix
spéciaux permettent de récompenser des catégories
particulières.
· Pour une évaluation des paysages
A partir du moment où l'on considère
le paysage comme un potentiel vivant et non plus comme seulement une
donnée visible, on doit se préoccuper de l'intervention de
l'homme et de son activité sur le paysage.
Deux grands champs d'interrogation
se font jour :
-
entretenir le paysage, éviter sa dégradation ou sa banalisation
-
"construire" le paysage en privilégiant la
complémentarité "qualité des pratiques-qualité
des paysages–qualité des produits" en intervenant sur les
évolutions et les dynamiques.
La première étape
passe par la connaissance des spécificités paysagères de
tel ou tel site, et de ses potentialités : la
généralisation des "Atlas Paysagers" souvent
réalisés par des paysagistes sur commande des
collectivités (la plupart du temps Conseils Généraux) et
soutenus par le MEDD donne un cadre de connaissance qui peut servir de base
à un travail plus précis.
Les CAUE ont également souvent
produit un travail de professionnel de l'espace (paysagiste-concepteur) peut
apporter garanties et mise en lumière des originalités et
typicités.
La deuxième étape
est celle d'une réflexion globale, collective et prospective garante
d'un portage d'un projet d'appropriation et de valorisation d'un paysage. Il
faut bien prendre conscience que le paysage viticole retranscrit non seulement
la vigne, mais tout ce qui existe autour et qui est façonné par
l’activité humaine ancienne et actuelle. La réflexion est
donc globale et donc aussi d’ordre sociologique et politique : on ne peut
faire l’économie de la dimension écologique qui est
inscrite dans la pensée du paysage.
Il est du reste assez frappant de
constater l’évolution des comportements et des questionnements des
visiteurs sur les sites qui affichent une exigence de qualité : ils font
largement état de leurs préoccupations sur la qualité des
produits et du processus de production.
La troisième étape
est celle de la formulation de l'engagement collectif et ouvre sur les
"chartes paysagères" qui sont préconisées aussi
bien au niveau européen qu'au niveau local.
La charte de Fontevraud image bien le
type d'engagement à but de promotion maîtrisée auquel on
peut arriver.
· Pour une labellisation des paysages
viticoles
La démarche d'évaluation est
identitaire : elle conduit tout naturellement à l'idée de
labellisation si les références, l'observance des critères
de qualité et le respect des pratiques sont attestés.
L'INAO a joué un rôle
historique dans la promotion des vins. L'attribution du label AOC prend
déjà d'ailleurs en compte les terroirs et les paysages. Dans un
document qui vient de paraître (Appellations d'Origine
Contrôlée et Paysages) ces liens sont développés.
Ce document a pour
ambition d'inciter les producteurs d'AOC et leurs organismes techniques et
administratifs à se rapprocher des élus, des consommateurs, des
citoyens et des professionnels concernés par la qualité des
paysages, pour imaginer ensemble leur avenir et celui de leur petite
région.
Cet ouvrage comporte deux parties :
-
un inventaire des mesures contenues dans les décrets de
définition des productions animales et végétales
d'appellations d'origine contrôlée qui ont un impact sur le
paysage (aire géographique et règles de production).
-
un inventaire des actions en faveur du paysage impliquant les AOC, qu'elles
soient incitatives pour les producteurs, partenariales avec d'autres acteurs du
territoire ou liées à la communication.
La toute récente réforme
de l’INAO se traduirait par un recentrage sur les "produits" et
sur un rôle de supervision et d’orientation : il faut souligner
l’apparition d’une nouvelle structure, les ODG (Organismes de
Défense et de Gestion des AOC) qui auraient à préparer
avec notamment un contrôle extérieur la présentation du
dossier à l’INAO, organisme certificateur.
On peut cependant s’interroger sur
l’effet qu’aura cette mesure qui crée une structure
supplémentaire dans un contexte pour le moins encombré et qui
fige le morcellement en 473 AOC répertoriées. Sauf bien sûr
à penser qu’il pourrait y avoir des coordinations et synergies
entre ODG de même zone ou Vignoble identifié...
La typicité des paysages
peut accompagner la typicité des vins (exemples : Alsace ou Banyuls). La
notion de "terroir" est importante car la viticulture de
qualité accompagne souvent la requalification des territoires.
Le classement au Patrimoine Mondial de
l'UNESCO de paysages culturels et paysages viticoles (ex. Saint-Emilion) sur
des sites exceptionnels, culturels et authentiques a dynamisé
l'œnotourisme.
Sans prétendre à
l'exceptionnel mondial, une labellisation en matière de paysages
viticoles serait un plus pour le tourisme vitivinicole. Nous sommes en effet
dans un temps où l'accent est mis sur l'émergence de projets
portés par le niveau local : on voit se multiplier les appellations, les
labels autoproclamés, sur fond d'absence de contrôles. La
difficulté majeure réside dans la sélection, la garantie,
le contrôle, et la lisibilité donnée à ces projets
très hétérogènes. Or le développement d'un
tourisme durable nécessite ces garanties et milite en faveur de
l'attribution d'un label "Qualité Tourisme" aux paysages
viticoles remarquables.
1.3.2. LES
PRODUITS : LES VINS ET LES PRODUITS QUE L'ON
PEUT LEUR ASSOCIER
Nous ne traiterons pas ici des
vins, de leur qualité, de leur image, de leur promotion : de très
nombreux organismes tant techniques que commerciaux sont présents et
très actifs sur ces aspects de la filière vitivinicole. La
question posée ici est celle qui a été définie en
introduction :
Que (peut-on ?)
doit-on associer aux vins de France pour proposer l'accès à cette
offre culturelle unique afin de mieux la valoriser dans le domaine
économique par l'œnotourisme ?
1.3.2.1. LES
RAPPORTS DU VIN ET DE LA GASTRONOMIE
On a déjà signalé, à
partir des résultats de l’enquête CSA de septembre 2006,
l’intérêt qu’il pourrait y avoir à rapprocher,
lors de dégustations, plusieurs produits plébiscités par
les Français comme par exemple le fromage et le vin. "La
gastronomie et le vin constituent des composantes essentielles de
l’attractivité de le destination France" affirme par ailleurs
Maison de la France dans son document "stratégie marketing
2005-2010".
Dans son rapport sur l’accueil des touristes
en France, édité en 2004, le sénateur Bernard PLASAIT
soulignait que cette image de la gastronomie française était
passablement écornée et que les pizzerias, les traiteurs chinois
et les spécialistes du hamburger avaient envahi la capitale sans
être équilibrés par de bons bistrots parisiens ou petits
restaurants sympas. Il soulignait aussi que les cartes des vins, souvent trop
longues, manquaient d’explications sur les différences entre les
régions, les crus, les millésimes, pour être
compréhensibles par des étrangers.
La proposition résultant de
ce constat était donc la suivante :
"Encourager les
exportateurs de vins français à accompagner leurs envois de
notices pédagogiques simples sur les produits et les traditions
françaises en matière de viticulture et de vins".
Cette alliance de la
gastronomie et du vin peut s’envisager à deux niveaux :
-
celui du producteur
-
celui, plus large, du territoire.
1.3.2.1.1. "A table chez le vigneron"
C’est un des chapitres que l’on trouve
dans le guide "réussir l’accueil dans les caves"
édité par l’AFIT en 2004, en rappelant que la demande est
réelle et que pour les touristes, le repas typique chez un viticulteur
apparaît même comme la forme de tourisme la plus séduisante.
Le guide fournit par ailleurs de précieux conseils aux viticulteurs qui
souhaitent se lancer dans une telle opération.
1.3.2.1.2. Gastronomie, vin et territoire.
La promotion des produits de terroir, qui
déborde d’ailleurs souvent le seul domaine de la gastronomie, peut
être le fait de plusieurs acteurs au sein d’un même
territoire.
A titre d’exemple quelques démarches
sont détaillées ci-dessous :
- la démarche "secrets de terroir"
du Pays Beaujolais. S’appuyant sur la renommée internationale de
son vignoble, le Pays Beaujolais a lancé dès 1995, avec le
soutien de la Région Rhône-Alpes, une démarche
labellisée de valorisation des meilleurs produits locaux. Les
prestataires volontaires pour entrer dans cette démarche sont aussi bien
des viticulteurs que des fermiers, des charcutiers, des
hébergeurs,… Les enquêtes réalisées
auprès des visiteurs montrent que 96 % d’entre eux sont
très satisfaits ou satisfaits de la qualité des prestations et
que 92,8 % d’entre eux se disent prêts à recommander la
visite à leur entourage
- la démarche "tourisme de terroir en
Corbières Méditerranée". Même si
l’élément central reste le vin, il s’agit de
l’élargir aux paysages culturels, aux savoir-faire locaux, outils
et techniques, et aux patrimoines historiques et vernaculaires selon les cinq
axes suivants :
-
Qualification et mise en réseau des partenaires
-
Projets structurants et identitaires
-
Politique d’accueil originale et identitaire
-
Montage de produits touristiques et promotions
-
Coopération et mise en réseau du Tourisme de Terroir
- la démarche "Assiette de
Pays" et "Café de Pays". La Fédération
Nationale des Pays d’accueil touristique a déposé ces deux
marques à l’INPI dans le but de promouvoir des produits locaux.
Les "Assiettes de Pays " correspondent à des assiettes
salées ou sucrées (ou mixtes) servies avec un verre de vin et
composées uniquement de produits locaux ou régionaux dont on
puisse assurer la traçabilité. Pour les "Cafés de
Pays", il s’agit de faire découvrir aux visiteurs de passage
les vins locaux servis au verre et provenant de châteaux ou caves
coopératives locaux.
- la démarche "sites remarquables du
goût". La marque "site remarquable du goût" a
été déposée en 2001 par l’association
nationale des sites remarquables du goût, avec le soutien des
ministères de l’agriculture, de la culture, de
l’environnement et du tourisme. Elle est attribuée par une
commission d’agrément nationale sur la base de quatre
critères :
-
l’existence d’un produit alimentaire emblématique
-
la présence d’un patrimoine exceptionnel
-
un accueil du public liant produit, patrimoine, paysages et population
-
une organisation cohérente des acteurs.
Sur les 118 sites actuellement
reconnus, environ 25 concernent les vins ou les alcools. Citons à titre
d’exemples : la route des vins d’Alsace, Sancerre et Chavignol,
Saint-Emilion, Arbois, Château-Chalon, Banyuls, … Six modules
d’offres ont été distingués qui peuvent être
combinés dans des journées, séjours, classes ou circuits :
la dégustation, la balade, la visite, les cours de cuisine, le repas et
l’animation.
Par ailleurs, cinq critères ont
été retenus pour qualifier le niveau de ces modules : le contenu,
la saison, l’accompagnement, les conditions et le lieu. L’objectif
est, à terme, l’attribution de la marque "Qualité
Tourisme" aux membres de l’association nationale.
(L’ensemble des éléments
ci-dessus est détaillé dans un article de Murielle BOUSQUET,
Directrice de l’association nationale, dans la revue Espaces n° 242
de novembre 2006.)
1.3.2.2. LES
RAPPORTS DU VIN ET DE LA CULTURE
Les similitudes et
interactions entre le vin et la culture sont nombreuses, anciennes et on
donné lieu à une littérature abondante. Plusieurs pistes :
· Le vin est un produit
culturel autant qu'un produit alimentaire.
Citons un extrait du mémoire de Sophie
Tuffnell consacré au mécénat culturel.
« (…) "Comme le dit le propriétaire du
château Autille en Bourgogne dans le film Mondavino, "on fait le vin
comme on est". La subjectivité est une étape importante de
la création des vins, et notamment des grands crus classés.
L'atomisation du marché, c'est-à-dire la présence de
très nombreux producteurs, mène à la recherche d'un
goût unique. Et la manière dont les consommateurs dégustent
les grands vins se rapproche de l'expérience culturelle. En nous
appuyant sur un article d'Yves Evrard, nous verrons que le marché des
grands crus se comporte comme un marché culturel.
· (C'est) (…) un art de vivre propre
à la culture française
Il est évident que le vin fait partie de la
perception globale de la culture française par les étrangers.
Inversement, les Français revendiquent la consommation du vin comme
participant à l'art de vivre national, en tant que produit
gastronomique. Aussi Roland Barthes a t-il parlé du vin comme de la
"boisson-totem" des Français. Parmi les nombreuses
définitions de la culture qui existent, nous nous appuyons sur celle
très générale de Kluckhohn (1962), dans laquelle la
reconnaissance du vin comme élément de la culture
française est facile : "La culture est la manière
structurée de penser, de sentir et de réagir d'un groupe humain,
surtout acquise et transmise par des symboles, et qui représente son
identité spécifique ; elle inclut les objets concrets produits
par le groupe. Le coeur de la culture est constitué d'idées
traditionnelles (dérivées de -et sélectionnées par-
l'histoire) et des valeurs qui leur sont attachées".
D'autre part, la littérature et la presse
locales fournissent de nombreuses représentations de l'idée que
le vin participe à un art de vivre français. De façon
anecdotique, nous avons remarqué que l'hebdomadaire national Le Figaro
tenait jusqu'en 1997 une rubrique intitulée "l'art du vin",
qui à cette date est devenu "l'art de vivre", afin
d'élargir le contenu des articles.
· (C'est aussi) (…) un processus de
fabrication comparable à la création artistique
Au-delà de la caractéristique
culturelle du vin, on peut se demander si les grands crus ne sont pas des
oeuvres d'art. A commencer par le processus de fabrication, bien souvent
comparé à une création artistique.
"Le vin est un élément de la
culture, on ne le dira jamais assez, dans la mesure où il n'est pas un
fait industriel mais le résultat d'une démarche humaine,
artisanale, pour ne pas dire artistique, et que son usage est un lien entre les
hommes". Cette affirmation du comte Alexandre de Lur Saluces, ainsi que la
citation de Monsieur Jean-Claude Boisset en début de ce paragraphe,
montrent que certains viticulteurs ont une vision artistique de leur
production. "Les activités culturelles présentent des
caractéristiques à la fois particulières (les
différenciant d'autres domaines) et communes (aux diverses formes
culturelles)". Pour démontrer que le vin est une oeuvre d'art, il
ne suffit pas de comparer l'artiste et l'artisan. Yves Evrard propose une
grille d'analyse des activités culturelles que nous appliquons à
l'activité viticole des grands crus. (….)
· Les pratiques et comportements
constatés sur le "marché du vin" – en ce
qui concerne les grands crus – sont comparables à ceux que l'on
observe sur le marché de l'art : amateurs, collectionneurs,
investisseurs, cercles d'initiés, académies du vin comme il en
existe des arts et belles lettres, sites dédiés,
critiques… etc. Ces pratiques sont du reste anciennes et inscrites dans
l'histoire.
· Le développement de
l'œnotourisme accompagne, à l'instar des grands
musées, les initiatives hardies de stratégie du
développement à la fois vitivinicole et culturel. L'exemple, en
Rioja de l’hôtel de la Bodega Marquès de Riscal
créé par l'architecte Franck Gehry en écho au musée
Guggenheim de Bilbao est tout à fait représentatif. Mais il est
essentiel de constater que, accroché à des réalisations
exceptionnelles qui jouent le rôle de "locomotives", avec
l'appui des pouvoirs publics, c'est une nouvelle reconnaissance du patrimoine
culturel de la vigne et du vin qui a été engagée en Rioja.
L'originalité de la création architecturale des bodegas participe
à une stratégie globale et diversifiée. Le musée de
la culture et du vin de la dynastie VIVANCO est plus un centre culturel qu'un
musée traditionnel, qui, en l'espace de quatre ans, a réussi
à porter sa fréquentation à plus de 200 000 visiteurs (en
2006). Le Château de Fontainebleau, en sept siècles est
arrivé à 320 000 visiteurs !
De semblables entreprises se développent
aussi en Toscane dans le Chianti.
Plus près de nous, M.
Raoux, au château d'Arsac à délibérément
choisi d'intégrer son intérêt pour l'art contemporain
à sa stratégie d'entreprise (voir annexe : l'extrait du
mémoire de S. Tuffnell concernant le château d'Arsac).
Il vient
également d’ouvrir la Winery, un "lieu de vie autour du
vin" associe dans un concept unique et novateur une véritable
vinothèque des vins du monde entier, avec des restaurants, lieux de
rencontres et de formations, ainsi qu'une palette d'événements et
d'expositions artistiques. Le choix d'une architecture créative a
accompagné la réalisation.
Un soin particulier a
été mis à l'insertion dans le réseau
médocain avec les châteaux environnants pour développer une
stratégie comme l'œnotourisme.
En matière de tourisme
culturel, le label "Villes et Pays d’art et d’histoire",
crée en 1985 et attribué par le Ministère de la Culture et
de la Communication peut servir de modèle.
Le conseil national des villes et pays
d’art et d’histoire, dont les attributions et la composition sont
définis dans un arrêté du 5 juillet 2005, donne un avis sur
l’attribution d’un label aux collectivités territoriales qui
veulent sensibiliser les habitants et les touristes au patrimoine et à
la qualité architecturale. Les collectivités
bénéficiant du label doivent recruter (avec une aide
financière du ministère) un personnel qualifié :
animateurs et guides-conférenciers, mettre en place un centre
d’interprétation de l’architecture et du patrimoine,
éditer selon une charte graphique nationale des documents de
communication et de promotion…. Actuellement plus de 100
collectivités ont été labellisées dont environ 25 %
de Pays et 75 % de Villes.
Pour renforcer l’attractivité
culturelle des territoires et des destinations touristiques, les
ministères de la culture et du tourisme ont signé en octobre 2006
un protocole demandant à ODIT France de mobiliser ses capacités
d’ingénierie et sa connaissance des marchés touristiques au
service du renforcement de l’attractivité des territoires, de la
diversification des offres, de l’accroissement de la qualité de
l’accueil, de la stimulation de l’innovation et du renforcement des
dispositifs d’observation.
1.3.3. LES
HOMMES ET L'ART DE VIVRE
1.3.3.1. LE
VIGNERON ET SON CADRE DE VIE
La culture de la vigne modèle les paysages.
Elle y inscrit profondément l'histoire de cette activité humaine.
Peu de paysages affichent pareillement leur identité. Pour le vigneron
ce lieu de vie, ce lieu de travail est aussi une histoire de vie. Les meilleurs
des écomusées (qui pourraient être labellisés
"Musée de France" dans le cadre de la loi de 2002) proposent
cet accès à la mémoire et au patrimoine vitivinicole : ce
qui peut être mis en avant c'est la transmission des secrets d'un
personnage authentique de vigneron, qui dans un environnement en pleine
mutation, propose de partager un art de vivre : le vigneron est
détenteur de savoirs, de culture…
Un exemple d’approche "grand
public", plus ludique, est donné par le parc thématique
"Le Hameau du Vin", crée par G.Dubeuf à
Romanèche-Thorins, ou encore par "La Maison de la Truffe et du
Vin" et le Musée du Tire-bouchon, à Ménerbe en
Lubéron.
Cette approche du vigneron et de son cadre de vie a
été concrétisée dans les réseaux de vacances
à la ferme, de chambres d'hôtes et de gîtes ruraux. Ce sont
de précieux relais de diffusion d'information sur les ressources
touristiques : randonnées, gastronomie, chais, musée… etc.
Il faut insister sur le difficile équilibre
à maintenir entre l'ouverture à l'élaboration de projets,
et la nécessaire réglementation pour garantir la qualité.
1.3.3.2. LA
CULTURE DU GOÛT : L’HOMME
CULTIVÉ, L’HOMME
INITIÉ
L'accès à la culture, au bon
goût est un chemin d'initiation, très personnel, très
prenant. Le succès d'un ouvrage tel que le "Dictionnaire amoureux
du vin" de Bernard Pivot illustre à merveille ce cheminement,
source de passion. Cette alchimie très efficace se construit autour de
l'accès limité au secret, à une
"société secrète pour tous", à un
"élitisme pour tous", qui nécessite un engagement
personnel dans ces chemins de découverte, qui sont aussi
découverte de soi.
Le philosophe Michel SERRES, s'interrogeant sur
"les cinq sens" qui articulent l'individu avec le monde
extérieur en témoigne : il fait l'éloge érudite du
goût du vin, révélation de notre civilisation, dans la
longue chaîne de mémoire où la Cène
chrétienne et le Banquet de Platon sont des bases fondatrices.
Cette "entrée en
culture" peut être valorisée par l'œnotourisme :
l'idée de Philippe
RAOUX dans la Winery d'Arsac de
proposer aux visiteurs de définir leur "signe oenologique"
à travers une dégustation ludique où les oenologues de la
maison sollicitent les sens pour établir un "profil
oenologique" relève d'une invitation à l'initiation. Le
livre de cave personnalisé, qui est ensuite remis, est sans nul doute un
excellente démarche commerciale. L'implication du futur consommateur
dans "son" vin peut se faire très tôt. Poussant au bout
la démarche "vente en primeur", Bernard MENEZ a, par exemple,
proposé en Bordelais d'associer dès les vendanges auxquelles ils
participent les consommateurs qui seront ensuite propriétaires de leur
vin…
Les tour-opérateurs présents au niveau
mondial ne s'y sont pas trompés : ils proposent par exemple une offre de
cadeaux d'activités personnalisés. Ainsi "Nouvelles
Frontières" invite à des initiations à l'oenologie,
à des circuits de découvertes de vignobles, à des stages
gastronomie et vin, ou à des initiations des sens…
1.3.3.3. LA FEMME,
LE VIN ET LA SENSIBILITÉ FÉMININE
Le vin est aussi une affaire de femmes. Leur
présence dans le monde du vin n’est certes pas récente,
mais ces dernières années ont manifestement été
marquées par une affirmation de leur place en termes de
compétences, de spécificités, de
professionnalisation… et donc de marchés !
Le secteur de la production,
classiquement occupé par les hommes, s’ouvre de plus en plus. Les
formations viticoles en apportent la preuve en se féminisant de
manière sensible comme on peut par exemple le constater dans les
formations de techniciens supérieurs ou dans les écoles
d’ingénieurs.
Les formations commerciales
étaient déjà largement ouvertes aux femmes, mais elles
sont très présentes sur ce domaine nouveau qui porte sur
l’interface entre produit/cadre de vie/accueil où se situe
l’œnotourisme.
Quant aux formations en oenologie, la reconnaissance
de leurs capacités est ancienne : une littérature abondante
insiste sur la finesse et sur les spécificités des palais et la
subtilité des nez féminins, alliés à des
compétences solides. L’homme et la femme ne sont pas identiques
face aux multiples sensations et émotions que procure le vin. Les
apports des neurosciences, notamment sur le développement du cerveau
droit, semblent confirmer ces aptitudes.
On note d'ailleurs de plus de plus de femmes dans la
profession de sommeliers.
Enfin la croissance et les caractéristiques
de la consommation féminine ouvre des horizons prometteurs que les
stratégies commerciales prennent désormais en compte.
Ce qui se dessine, c’est un glissement
d’image depuis une évocation d’association homme/vin/alcool
à femme/vin/saveur/santé qui est à l’heure actuelle
socialement mieux acceptée, et qui se prolonge par un souhait
d’éducation au goût. Le discours sur le vin évolue.
Les sites Internet consacrés aux femmes (ex femivin.com),
l’information spécifique ("Le vin…et nous les
femmes" AFIVIN), les initiatives de réseaux (ex. Les
Médocaines), les cuvées dédiées aux femmes (ex.
Côtes du Rhône ou Gaillac), les clubs féminins de
consommatrices et de dégustation se multiplient et sont relayés
par les médias et la presse féminine, où l’on
apprend par exemple "la déferlante des bars à vins pour
filles" à Tokyo !
Signalons aussi les initiatives telles que les
concours d’oenologie réservés aux femmes :
winewomen.awards.com
1.3.3.4. LA SANTÉ ET LA
BEAUTÉ
Notre société valorise la santé
humaine et la sécurité alimentaire.
Le vin fait l’objet, plus que tout autre
produit alimentaire, de recherches et de débats souvent
passionnés. Selon qu’il est réduit à l’image
de boisson alcoolisée ou considéré, comme en Espagne par
exemple comme un aliment.
Nous nous limiterons à considérer que
de nombreuses études scientifiques ont été faites, et que
des recherches sont en cours Elles tendraient à prouver que si le vin
"fait partie d’une alimentation diversifiée et
équilibrée, à condition de respecter des niveaux de
consommation modérés et maîtrisés", ses effets
bénéfiques sur la santé sont nombreux et ont des
incidences sur la prévention d’un certain nombre de pathologies
cardiovasculaires, digestives ou cancéreuses.
Plus récente et moins
polémique, l’essor de la vinothérapie® est
spectaculaire. Centrées sur la mise en évidence des
découvertes réalisées sur l’étude des
polyphénols, les cures de beauté et la gamme de soins et produits
utilisés en vinothérapie® connaissent un succès
impressionnant. La réussite spectaculaire des "Sources de
Caudalie" et des produits "Caudalie" trouve racine dans les
terres du Château Smith Haut Lafitte, cru réputé de
l’appellation Pessac-Leognan en Bordelais. En l’espace de quelques
années, le concept s'est exporté, et c’est d’une
réussite à l’échelle mondiale dont il s’agit.
Mettons en exergue deux
caractéristiques :
-
c’est un concept diversifié, et en même temps
intégré, qui rassemble sur une idée et sa mise en oeuvre
les ingrédients de la réussite d’une démarche de
promotion du tourisme vitivinicole : un terroir, un site, une appellation, un
grand cru, une diversification des produits associés au vin - accueil ;
hébergement ; gastronomie ; culture avec arts plastiques et musique ;
découverte ; garantie de qualité - Avec en plus l’approche
vinothérapie qui prône éthique et art de vivre,
santé, beauté, bien vivre.
-
une telle entreprise n’aurait évidement pu se développer
sans compétences managériales affirmées.
1.3.3.5. LE SPORT ET LA
DÉCOUVERTE
Les zones de vignoble sont très
variées en terme de paysage et de patrimoine. Il n’est donc pas
étonnant que s’y développent des activités sportives
et de découverte dont la plus répandue est la randonnée.
Le nombre de randonneurs est en effet estimé à quelque 15
millions de personnes en France par ODIT France. On assiste de plus en plus
à la naissance ou à la renaissance de routes thématiques
dont la plus célèbre est évidemment le chemin de
Saint-Jacques de Compostelle. L’existence de sentiers balisés au
sein des vignobles est de nature à accroître notablement leur
fréquentation et à faciliter les contacts avec les vignerons et
leurs exploitations.
Les vignobles peuvent évidemment être
parcourus de diverses manières d’où l’existence de
randonnées équestres ou de circuits vélo. De nombreux
exemples peuvent être cités comme "bastides et vignobles en
albigeois" ou "le Lubéron en vélo".
Des activités plus spécifiques peuvent
également être pratiquées comme le golf. Certaines de ces
pratiques sont même devenues des évènements comme "le
marathon du Médoc", créé en 1984, qui regroupe chaque
année 8 000 participants, la plupart déguisés, et qui
attire plus de 100 000 spectateurs par son caractère convivial et
festif.
1.3.3.6. L’ART
DE VIVRE DEMAIN ?
Cette question prospective interroge aussi bien la
philosophie et la sociologie sur le plan sociétal, que la politique et
les initiatives des intervenants dans ce domaine.
Soulignons simplement, dans ce rapport qui ne
saurait se situer sur le terrain scientifique, trois remarques :
-
Que le développement concerne l’ensemble de la planète,
même s’il s’accompagne d’inégalités
criantes et croissantes. Vis-à-vis d’un "tourisme" qui
se mondialise on peut constater la forte croissance des flux en provenance
d’Asie ou de l’Europe de l’Est. Rappelons simplement, en
faisant référence à MASLOW et à sa
hiérarchie des besoins que l’évolution des aspirations se
fait vers les besoins culturels et les besoins de reconnaissance et
d’affirmation de soi : c’est exactement sur ce terrain que se situe
l’offre de tourisme vitivinicole…
-
Pour l’approche philosophique - dont l’art de vivre est
l’objet principal d’étude citons le philosophe
hédoniste Michel ONFRAY(9). Il a développé, notamment dans
son ouvrage "La raison gourmande", la recherche d’un art de
vivre et d’un mieux-vivre qui réconcilie l’homme avec ses
sens et qui trouve dans la dimension sensible et culturelle de l’univers
du vin un terrain de prédilection. Sa rencontre avec Yquem est
…fondatrice !
Michel SERRES, déjà cité, lie l'orientation et l'avenir de
nos civilisations à la place qu'elles accordent à l'exercice des
sens dans la façon de vivre : "Il n'y a rien dans les sens qui
n'aille, par après, vers la culture. Non vers la connaissance, mais vers
la culture. Non vers le discours, mais vers quoi ?
Le rapport au vin se modifie, et passe d'une boisson-alimentation à une
relation esthétisé et sensuelle. Ceci n'est pas toujours
perçu par le monde viticole.
-
Quant à la dimension politique, elle organise bien sûr ses
priorités, mais nous avons vu que l’approche transversale que
permet l’œnotourisme apporte sa contribution au thème
général de l’amélioration du cadre de vie et de la
manière d’y vivre.
On peut sans grand risque de se tromper avancer
l’idée que ces questions seront très présentes dans
les débats à venir : les propositions et initiatives dans ce
domaine construiront des références pour demain...
I.4 - CONCLUSION
SUR L'ETAT DES LIEUX
L'enquête réalisée
en 2001 par l'AFIT sur le tourisme vitivinicole montre la réalité
de cette activité et fournit des indications précieuses sur la
clientèle concernée. Elle met également en avant quelques
insuffisances qu'il faut absolument surmonter et ceci d'autant plus qu'une
crise de la viticulture française est apparue et a justifié,
suite au rapport "POMEL" remis au ministre de l'agriculture en mars
2006, un certain nombre de mesures de réorganisation de la
filière viticole. Une actualisation de l'enquête de 2001 serait
très utile pour apprécier les évolutions
constatées.
Dans ce contexte, le tourisme vitivinicole
apparaît comme une opportunité de dynamiser ce secteur. Ce ne sont
pas les initiatives ni les acteurs qui manquent et les témoignages
recueillis montrent l'énorme diversité des domaines à
explorer. L'un d'eux parait particulièrement intéressant et
rassembleur car il est fortement relié à l'activité
elle-même: il s'agit du paysage pour lequel une culture commune aux
professions viticole et touristique est à acquérir en vue d'une
meilleure valorisation. Le relatif isolement et la grande multiplicité
des acteurs rend par ailleurs nécessaire le recensement des initiatives
innovantes en vue de leur mise en réseau absolument indispensable pour
améliorer leur visibilité auprès des clientèles
potentielles qu'elles soient lointaines ou de proximité.
II - LES ACTEURS ET LES NIVEAUX
D’INTERVENTION
La plaquette du CIVB intitulée "Guide
des contacts institutionnels dans la filière vins" donne une bonne
idée de l’enchevêtrement des structures, services, et
organismes qui interviennent, chacun avec son entrée, ses
réseaux, ses actions et ses publications. Bien sûr ceci renvoie
à la richesse de l’histoire dans ce domaine. On est tout de
même forcés de constater, sans remettre en cause les personnes et
le gros travail fourni, que cet émiettement génère les
difficultés inhérentes aux cloisonnements, à la perte
d’efficacité et de lisibilité. Ces quinze à vingt
structures ou services se répartissent en quatre grands secteurs, chacun
étant en plus souvent décliné du national au local, en
passant par le niveau régional et départemental :
-
L’Etat et ses services déconcentrés : par exemple DRAF,
DRAC, DRT, DIREN…
-
Les collectivités territoriales et leurs prolongements : par exemple
Conseil Régional (et CRT), Conseil Général (et CDT),
Communes (et offices de tourisme)
-
Les instances professionnelles, avec les chambres consulaires (Agriculture,
Commerce et industrie.), avec les syndicats d’appellation, avec les
interprofessions…
-
Les associations, les entreprises, les agences…qui structurent le
secteur privé.
Ce "millefeuille
institutionnel et territorial" a été maintes fois
évoqué dans les entretiens que nous avons menés avec les
acteurs du tourisme vitivinicole : il traduit une organisation administrative,
politique, économique et sociale héritée de notre histoire
française qui "maille" le Pays.
Et pourtant nous avons constaté
que les sensibilités, les agencements, et les caractéristiques
des projets de tourisme vitivinicole différent d’une région
à une autre.
On peut avancer l’hypothèse que les
chances d’émergence et de réussite d’un projet de
développement de l’œnotourisme tiennent à sa
compatibilité avec son contexte historique et culturel ; il faut veiller
à favoriser la reprise de la greffe.
Pour analyser cet agencement
complexe des acteurs du tourisme vitivinicole nous avons examiné :
Deux questions
-
A quelle "emprise" territoriale faisons nous référence
pour situer un projet de tourisme vitivinicole ?
-
Comment est raisonné le processus d’appartenance ?
Trois scenarii
-
Le Bordelais : la prédominance des propriétaires, du
négoce, et des "cercles de connaissances" ?
-
Les Corbières : le militantisme et développement local ?
-
InterRhône : l’organisation professionnelle ?
Une ouverture au monde
-
Le changement d’échelle avec Internet
-
L’Europe, un acteur à prendre en compte
II.1 - DÉLIMITATION DU CHAMP DE L’ÉTUDE
Le développement du tourisme vitivinicole se
"modèle" largement sur la structuration des grands
"bassins" identifiés de production de vin. On peut, bien
sûr, multiplier et atomiser les typicités et les appellations,
mais les analyses rendues nécessaires par la crise viticole convergent
vers l’identification d’un nombre limité de zones de
références et d’action.
-
Le rapport POMEL propose "10 bassins viticoles".
-
L’approche par les "vignobles" identifie 17 vignobles
qui font l’objet de travaux et de communications externes, de cartes par
exemple, telle celle diffusée par La Maison de la France.
-
Le Comité National des Interprofessions des Vins à appellations
d’origine (CNIV) recense quant à lui 19
interprofessions.
Ces différences ne tiennent
qu’à quelques regroupements de "vignobles" dans le
concept de "bassin" retenu dans le rapport POMEL, ou dans la
structuration des professions, comme le montre le tableau qui suit.
UNE
image de la France
L'œnotourisme
Le vin
L'art de vivre
|
DIX
Bassins Viticoles
|
DIX SEPT
Vignobles
français
|
DIX NEUF
Interprofessions
|
QUATRE CENT SOIXANTE TREIZE (AOC)
+
Appellations de pays
La Production
|
1.
ALSACE-EST
|
1.
ALSACE
|
ALSACE
|
2.
BORDEAUX AQUITAINE
|
2.
BORDEAUX
3. BERGERAC
|
BERGERAC
BORDEAUX
|
3.
BOURGOGNEBEAUJOLAIS
JURA-SAVOIE
|
4.
BEAUJOLAIS
5. BOURGOGNE
6. JURA
7. SAVOIE
|
BEAUJOLAIS
BOURGOGNE
JURA
SAVOIE
|
4.
CHAMPAGNE
|
8.
CHAMPAGNE
|
CHAMPAGNE
|
5.
CHARENTE COGNAC
|
9.
COGNAC et PINEAU
|
PINEAU
DES CHARENTES
|
6.
CORSE
|
10.
CORSE
|
|
7.
LANGUEDOC ROUSSILLON
|
11.
LANGUEDOC
12. ROUSSILLON
|
LANGUEDOC
ROUSSILLON
|
8. SUD
OUEST
|
13.
ARMAGNAC
14. SUD OUEST
|
CAHORS
DURAS
SUD OUEST
|
9. VAL
DE LOIRE
CENTRE
|
15. VAL
DE LOIRE
|
CENTRE
VAL DE LOIRE
PAYS NANTAIS
|
10.
VALLEE DU RHONE
PROVENCE
|
16.
PROVENCE
17. VALLEE DU RHONE
|
PROVENCE
VALLEE DU RHONE
|
En fait on tourne autour de la même
idée d’entités identifiées, de taille suffisante
pour porter un développement important et durable, par des services et
stratégies visant un bénéfice collectif. Il est du reste
prévisible que certains regroupements d'interprofessions se fassent, et
qu'émerge à terme une quinzaine "d'entités"
alliant producteurs – négoce - consommateurs.
Parce qu'elles font largement l'objet de
communication externe, nous retiendrons pour cette réflexion sur le
tourisme vitivinicole les "17 vignobles" de préférence
aux "10 bassins" qui concernent plutôt une action vigoureuse
sur la restructuration de la filière vitivinicole.
II.2 - LA DEMARCHE : LE PROCESSUS
D’APPARTENANCE
L’analyse de la parole croisée de nos
interlocuteurs (personnes ou institutions) permet de dégager une
chaîne de questions auxquelles il est nécessaire de
répondre pour envisager un développement de
l’œnotourisme.
1. Qui sommes nous ?
l’identité qui nous rassemble, l’emblème..
2. Où sommes
nous ?
zone, limites géographiques
3. Comment sommes nous
organisés ? Le "millefeuille"
institutionnel….
4. Avec quelle histoire ?quel
passé ? par exemple
primauté du négoce ou des territoires
C’est seulement après
que l’on peut en venir aux questions d’objectifs et de
stratégie : que voulons nous développer au titre du tourisme
vitivinicole ? Qu’engageons nous comme démarche ? Comment
évaluons nous notre action ?
Ce questionnement recouvre en fait un
long et lent travail d’animation sociale et politique qui seul peut
fonder un développement collectif durable.
A titre d’exemple,
c’est la démarche qui a été entreprise sur les
différentes appellations du Bordelais en 2003 par un cabinet
privé (Un Air de Vacances) à l’initiative du Conseil
Régional d’Aquitaine et du CRT Gironde :
Le point de
départ était une volonté organisée autour de trois
axes :
-
développer
l’œnotourisme
-
mettre en avant
l’offre la plus qualifiée faisant consensus
d’intérêt général
-
dans une
perspective de "destination vignobles" associer tous les partenaires
(viticulteurs, commerce, sites, hébergeurs, tourisme…)
Trois constats :
-
le monde de la
viticulture et celui du tourisme communiquent peu
-
pas de
"portage" de la prescription collective
-
pas de
publicité concertée
Une méthodologie
-
nom du vignoble ?
-
quel concept
collectif pourrait être fédérateur ?
-
quel territoire de
référence ?
Des préconisations :
-
un dispositif
régional
-
"vacances en
vignoble" plutôt que "route des vins"
-
mise en
réseau de l’offre avec cohérence des prestations
Dans ce domaine, on en est plutôt à
rechercher des "règlements partagés" qui prennent la
forme de discussions et de partenariats, préludes à
l’action politique.
C’est un exercice de démocratie
participative qui seul peut fonder une démarche durable à
laquelle les acteurs puissent adhérer. A noter que ce travail
s’inscrit dans la durée et nécessite un volet
"animation du dispositif " qui est la clef de la réussite.
II.3 -
L’ÉTUDE SUR TROIS RÉGIONS : LE BORDELAIS, LES
CORBIÈRES
ET LE LUBERON
Nous avons interrogé le
contexte de trois régions, soit par rencontres directes, soit avec une
étude de cas, soit à partir de l’analyse de documents :
- Qui intervient dans
le domaine de l’œnotourisme, et constitue une ressource mobilisable
?
- Quelles sont les
compétences et orientations affichées ?
- Quel est le soutien apporté
à l’innovation et aux projets individuels ou collectifs de
développement du tourisme vitivinicole ?
II.3.1. L E
BORDELAIS : LA
PRÉDOMINANCE DES PROPRIÉTAIRES,
DU NÉGOCE, DES "CERCLES
DE CONNAISSANCES" ?
Fort de son histoire et de sa
notoriété, le vignoble bordelais concentre 57 appellation
d'origine répartis sur plusieurs terroirs mondialement connus. Son
patrimoine est construit autour de la culture de la vigne et du vin et trouve
tout naturellement son prolongement dans le domaine gastronomique,
littéraire, artistique, ... en fait dans l'humanité du vin. Ces
ressources en font un lieu privilégié d'attraits touristiques et
de développement du tourisme vitivinicole. Nous avons signalé
plus haut que cette inscription dans l'histoire, dans la diversité, dans
la durée, avait conduit à l'émergence d'un nombre
très important de structures, toutes aussi légitimes les unes que
les autres, qui développent leurs actions dans le domaine de
l'œnotourisme.
A partir des réponses obtenues, nous pouvons
avancer deux constats :
1er constat : La diversité des
structures, de leurs statuts et de leurs champs d'action nous a conduit
à parler de "mille feuille institutionnel et territorial" qui
se retrouve en Bordelais. Ce morcellement rend peu lisible les aides ou appuis
au développement de projets de tourisme vitivinicole.
-
L'Etat, présent en région à travers ses services
déconcentrés (DRAF, DRAC, DIREN, DRT …) est distant et peu
impliqué : il joue un rôle de rappel sur cadre législatif
et réglementaire.
-
Les collectivités territoriales sont très présentes et ont
développé des services particuliers (CRT, CDT, Offices…)
sources efficaces d'information et acteurs de promotion. Cela paraît
être le niveau pertinent de coordination, porteur de
l'intérêt général.
-
Les structures consulaires sont elles aussi actives mais elles sont au service
de leurs adhérents. De ce fait, elles génèrent
mécaniquement des cloisonnements entre les professions. Or le tourisme
vitivinicole est affaire de diversité, de transversalité et de
pluriactivité. A cet égard la Chambre d'Agriculture qui a eu
à s'occuper de pluriactivité, du développement du tourisme
rural et qui assure une couverture territoriale parait avoir un temps d'avance
pour l'aide au développement de projets.
-
Les professions viticoles, et notamment les syndicats d'appellation sont en
concurrence et revendiquent leur identité : cependant de gros efforts
sont faits au sein des interprofessions pour définir des actions
communes.
2nd constat : Les principales
fonctions assurées
-
· Informer. Cette fonction est assurée par toutes les structures,
mais chacune à sa manière, d'où une abondance de
publications par forcément efficace et onéreuse.
-
· Offrir des services (d'appui, d'accompagnement, de formation, de
communication…)
-
· Coordonner. C'est le plus difficile car il faut trouver les terrains
d'intérêts partagés. A l'initiative du Conseil
Régional d'Aquitaine, avec les autres structures touristiques et
professionnelles viticoles le programme "Destination vignobles" a
engagé les différents acteurs dans une dynamique de réseau
et de garantie de qualité. Logiquement cette réalisation devrait
permettre de tirer collectivement le meilleur de ce qui est issu de l'histoire
des acteurs "phares" du Bordelais soit du négoce, soit des
propriétaires, soit des réseaux constitués. Il sera moins
difficile alors de développer des projets sans avoir au préalable
une reconnaissance des milieux sociaux et professionnels du Bordelais.
II.3.2. L ES CORBIÈRES
: LE MILITANTISME ET LE DEVELOPPEMENT LOCAL
?
En partie alternative à la crise, la
naissance du concept de Tourisme de Terroir (devenu depuis
fédération nationale) est né dans les Corbières en
1996. Portée par le Syndicat de l’AOC Corbières, la
volonté de changer d’image et d’augmenter la vente directe a
pris en compte la dimension territoire, pour mettre en avant bien sûr le
côté identitaire de ses vins, mais aussi de ses savoir-faire, de
ses ressources patrimoniales, de sa culture et de ses paysages. Cette
volonté est d’ordre politique, au sens large, puisqu’elle
mobilise ceux qui vivent et travaillent dans ce territoire marqué par le
vignoble pour une amélioration de vie et de revenus.
Sont privilégiés les projets
collectifs, structurants et identitaires. L’extension vers Fitou et le
Minervois voisins s’est prolongée sur les axes
méditerranéens et nationaux avec la naissance de la
Fédération Française de Tourisme de Terroir.
L’articulation revendiquée
Hommes/Terroirs/Identité Culturelle caractérise la
démarche : "Rendre un territoire compétitif, ce n’est
pas seulement le rendre "économique" mais c’est aussi le
rendre "social" et "environnemental" tout en
l’inscrivant dans un monde global".
C’est une démarche militante et
politique.
Mais ceci implique que le concept soit perçu,
assimilé à une garantie de qualité, et
partagé….par des acteurs très cloisonnés et en
concurrence. La traduction et le prolongement institutionnel, garantissant la
durabilité, par une volonté politique est difficile car on touche
aux enjeux de pouvoir. Toutes les institutions se déclarent favorables
et marquent leur présence, mais l’assemblage est délicat.
Par exemple le PER (Pôle d’Excellence
Rurale) intitulé "Tourisme – Terroir – Vin -
Gastronomie : Excellence de l’offre et de l’innovation
commerciale" est lui porté par le Pays Corbières-Minervois.
Il est bien sur le même domaine, mais il ne concerne que 6
communautés de communes, et se démarque du tourisme de terroir
porté par le syndicat d’appellation.
On pourrait certes trouver d’autres
difficultés à cette approche, mais il faut insister sur le fait
que son originalité est ancrée dans des valeurs et des pratiques
sociales fortement enracinées dans la culture locale,
caractérisée par ses modes de mise en relation des individus.
A l’opposé de cette implication
sociale, le formidable potentiel touristique de ces régions favorise
quelques investissements lourds, visant une clientèle touristique haut
de gamme. Citons par exemple le domaine de l’Hospitalet dans la CLAPE,
qui associe sur 1000 ha, un vignoble soigné, des musées, des
restaurants, des manifestations culturelles consacrées à
l’œnotourisme.
II.3.3. INTER-R
HÔNE ET LE LUBÉRON
: L’ORGANISATION
PROFESSIONNELLE ?
INTER-RHÔNE s’est
créé à la fois à partir des professionnels de la
viticulture et du tourisme.
L’idée du
développement d’une activité de tourisme vitivinicole est
déjà ancienne : son institutionnalisation s’est surtout
faite ces six dernières années. Le constat de campagnes
"éclatées", chères et peu efficaces, a
amené d’abord à la mise en commun des moyens de promotion,
puis à l’apparition d’autres formes d’actions, soit de
portée générale, soit de diversification, directement
reliées à la production, visant à dégager des
revenus complémentaires.
Les résultats sont là : sur 1400
caveaux de dégustation recensés, le travail entrepris avec les
vignerons a conduit à en sélectionner 420 qui répondent
à une charte de qualité.
La réponse à ces analyses était
sans ambiguïté : il faut allier le vin au "culturel" pour
fabriquer des produits touristiques nouveaux. La protection et la valorisation
du paysage y a pris une place importante : les chartes (par exemple :
"Côtes du Rhône Terroir d’Accueil") en ont
été les outils privilégiés, même si le
travail de concertation est sans cesse à reprendre.
La Charte Paysagère et Environnementale des
Costières du Gard est un autre bon exemple de ces synergies.
Le travail initié par le
Parc régional du LUBERON montre que la nécessité de prise
de conscience (caractérisation des terroirs, des paysages, des produits
touristiques…) doit être suivie d’une "mise en
système" dans laquelle le Parc a la légitimité pour
intervenir.
Cela peut favoriser par
exemple le développement important d’activités de
découverte qui se traduisent avec "Vélo-Loisir en
Luberon" par un ensemble des services, et par la mise en place d’une
signalétique cohérente et efficace.
Pour poursuivre ce
développement il est demandé que les mesures incitatrices soient
prolongées, avec un accompagnement par des formations transversales,
mixant les publics afin de favoriser les réseaux . La garantie de
qualité doit être apportée par des labels, type
"Qualité Tourisme".
L’organisation d’un
colloque rassemblant les analyses, études et projets
d’oenotourisme à l’échelle du vignoble favoriserait
les mises en réseaux.
II.4 –UN CHANGEMENT
D’ECHELLE AVEC INTERNET
C’est devenu un lieu commun
que de souligner le changement profond apporté par la pratique
d’INTERNET dans les habitudes et les comportements de tout un chacun.
L’oenotourisme est
particulièrement concerné par cette "révolution"
car les secteurs "Communication - transmission d’informations",
et le "secteur commercial" sont ceux qui sont les plus
développés sur et par INTERNET.
Sur le plan commercial, la vente
en ligne se développe bien. Mais c’est surtout sur le plan de la
communication que se portent les efforts : il s’agit aussi bien de
moderniser et renouveler le style de communication que de
l’étendre pour toucher à la fois plus de consommateurs et
plus de catégories.
Ainsi, à l’initiative de
plusieurs organismes, des actions sont engagées pour toucher un public
plus jeune, plus féminin, avec des présentations interactives,
dynamiques et originales : on vise les "consommateurs du futur".
Il faut également signaler
le gros travail entrepris par "Maison de la France" sur le site
"franceguide.com", qui est le site officiel du tourisme
français. Le nombre de consultations est en progression sensible, et
l’analyse statistique que le fonctionnement du site permet produit des
renseignements utiles et évolutifs sur la nature et
l’enchaînement des demandes.
Le site a
été refondu pour améliorer la relation avec les clients.
La variété des demandes est satisfaite par la mise en places
d’entrées par thèmes, par région, par nature de la
demande. L’ouverture de la réservation par le biais du site est de
nature à changer beaucoup de choses.
Le suivi de cette initiative permettra
les adaptations nécessaires pour garder un dispositif vivant, attractif,
et efficace.
II.5 - UN ACTEUR A PRENDRE EN
COMPTE : L'EUROPE
L’année 2007 marque le démarrage
du nouveau programme de développement rural hexagonal (PDRH) pour la
période 2007-2013, sachant que la Corse et les territoires
d’outremer sont par ailleurs concernés par des programmes
spécifiques.
Ce programme est articulé
selon 4 axes dont les priorités sont les suivantes :
-
axe 1 : compétitivité de l’agriculture et de la
sylviculture
-
axe 2 : gestion de l’espace et amélioration de
l’environnement
-
axe 3 : diversification de l’économie et qualité de vie en
milieu rural
-
axe 4 : programmes LEADER
Chaque axe comporte un certain nombre de mesures,
dont certaines sont essentiellement du ressort de volets régionaux avec
des possibilités de variations importantes selon les Régions.
Il est donc impossible au niveau du rapport de
détailler l’ensemble des mesures susceptibles de
bénéficier d’aides européennes, mais à
l’inverse, il serait absurde de négliger les nombreuses
possibilités offertes. La plupart des mesures nous intéressant
étant régionalisées, le conseil à donner aux
éventuels porteurs de projets est de se rapprocher rapidement des
services de l’Etat en région (Préfets et DRAF notamment) et
des services des Conseils Régionaux.
Par ailleurs, le règlement communautaire pour
la mise en oeuvre du PDRH impose aux Etats la mise en place d’un
"réseau rural national" et de "réseaux ruraux
régionaux" destinés à assurer un cadre
réglementaire, un partage des expériences et un aspect prospectif
pour les actions programmées. Le conseil aux acteurs du tourisme
vitivinicole est de s’insérer au maximum dans ces réseaux
ruraux pour y faire valoir leurs projets.
L'Europe est devenue le niveau de réflexion,
de proposition et de mise en place d'initiatives coordonnées permettant
de mieux insérer la viticulture européenne sur le plan mondial.
Il faut signaler, à l'initiative du
réseau des villes européennes du vin (RECEVIN)
l'élaboration de la charte européenne de l'œnotourisme
(VINTUR) (voir en annexe). Cette charte vise tous les acteurs du tourisme
vitivinicole, et leur propose un cadre d'engagements, d'objectifs et de
critères de qualité pour assurer un développement durable
de l'œnotourisme.
II.6 - CONCLUSION SUR L’ANALYSE INSTITUTIONNELLE
Cette deuxième partie
était centrée sur les acteurs du domaine du tourisme vitivinicole
et leurs niveaux d'intervention.
La multiplicité des
intervenants, institutionnels ou privés, en recherche d'identité
et de délimitation des terrains d'intervention rend difficile
l'organisation du secteur : l'élaboration de stratégies communes
pour mettre en oeuvre une démarche touristique au bénéfice
de l'ensemble du secteur.
Une première
interrogation touche aux délimitations
géographiques retenues : sur fond de débat vin de
cépage/vin de terroir la question est d’importance !
D’autant plus qu’elle se complique, dans le champ du tourisme
vitivinicole, par deux "tentations" antagonistes :
-
l’une, analytique, poussant à la valorisation des
typicités, des différences, des particularités qui
traduisent la richesse patrimoniale… et conduisent à
l’émiettement en 473 appellations viticoles d’origine
contrôlées
-
l’autre, synthétisante, prônant au nom de la
lisibilité les regroupements en grandes catégories,….au
risque de la banalisation !
L’une plutôt portée par
l’offre des producteurs, l’autre centrée sur la demande des
consommateurs. L’une émanant plutôt du secteur agricole,
l’autre exprimée par le secteur touristique et commercial.
La nécessité de trouver un point
d’équilibre, un compromis entre intérêts particuliers
et intérêt général, est reconnue par tous, mais le
"curseur" est situé et affiché de manière
très différente selon les régions.
Le consensus
pourrait se faire autour du terme "Vignoble" qui a
été retenu par Maison de la France pour afficher l’offre de
tourisme vitivinicole, et des 17 Vignobles localisés
dans la carte touristique.
Ce terme présente
l’avantage d’une grande lisibilité, et d’une
proximité avec les cadres des structuration et d’action des
professionnels, qu’il s’agisse des "bassins viticoles ou des
interprofessions".
Cette dénomination a aussi l’avantage
d’agréger autour du produit vin des terroirs, des paysages, des
pratiques sociales et culturelles que l’on peut mettre en regard
d’un art de vivre et de produire.
Pour éviter l’écueil de la
banalisation il faut se donner la contrainte d’aménager les
chemins de découverte et d’initiation qui, à partir
d’un vignoble donné, ouvrent sur les spécificités de
ses composantes.
Le parallélisme
déjà signalé ci-dessus entre le secteur de
l’œnotourisme et la filière
vitivinicole conduit
à accompagner, dans les constats ou propositions, les principales
orientations du rapport POMEL d’avril 2006 sur le "Plan national de
restructuration de la filière vitivinicole française".
La forte implication des territoires
(terroirs) inscrit cette réflexion dans le cadre du développement
local et de l'aménagement du territoire.
La deuxième interrogation
porte sur l’enchevêtrement des structures ou services qui, de
près ou de loin, interviennent dans le domaine de
l’œnotourisme. Ce "millefeuille institutionnel et
territorial" tire sa légitimité de l’histoire et des
actions menées par les différents acteurs. Mais il ne favorise ni
l’innovation et le soutien à l’initiative individuelle, ni
la défense collective et la mise en place de cadres juridiques et de
mesures promotionnelles.
La définition de "Mission" et
de "Chartes" par Vignoble pourrait conjuguer les compétences
au delà des attributions de chacun : le niveau privilégié
d’adossement de ces missions paraît, selon les vignobles,
être plutôt celui des Régions. Il faut en effet
garantir son inscription dans son contexte historique et culturel.
III – L ES PROPOSITIONS
Nous avons rappelé, en citation introductive,
le constat proposé par la "Lettre de la Vinisphère" : "2006
a été l'année de l'oenotourisme" ….
Nous avons montré que le tourisme
vitivinicole était :
-
une réalité sociale et économique … traduisant une
dimension culturelle.
-
un enjeu fort pour les professionnels de la vigne et du vin, mais aussi ceux du
tourisme, … et plus largement pour les régions de vignobles et
l'image de la France.
-
un secteur particulièrement dynamique … et une
multiplicité d'initiatives et de projets … et d'acteurs.
Or ces points forts s'accompagnent
d'une faiblesse majeure. Ce secteur est fortement concurrentiel :
l'originalité d'un projet, la typicité d'un produit …
permettent souvent de se "démarquer" du voisin. La
mobilisation pour la défense de l’intérêt
général au niveau de la filière, de l'appellation, du
terroir, de la zone, voire de l'image de la France ne va pas de soi.
La richesse des ressources mobilisables en France
dans le cadre de l'oenotourisme, et leur réputation ancienne rendent
paradoxalement difficile l'élaboration de stratégies
concertées de valorisation dont pourtant tout le monde reconnaît
la nécessité.
Le parallèle entre
l’état du tourisme vitivinicole, et la situation de la viticulture
s'impose à
nouveau. Même richesse incomparable et réputée d'un
potentiel reconnu, mais offre trop complexe et trop peu lisible,
émiettement, cloisonnement, multiplicité d'intervenants et
d'institutions, processus de prise de décision long et
désordonné, capacité organisationnelle fragmentée,
concurrence des pays voisins ou dits de nouveau monde …, etc.
A cet égard, il y a une
relative urgence à ce que la France ne prenne pas de retard –
comme pour la commercialisation des vins – dans la promotion et le
développement du tourisme vitivinicole : l'Espagne, l'Italie, les pays
de l'Est européen mais aussi la Californie et l'Australie, bien que ne
bénéficiant pas du même potentiel ont su développer
des initiatives hardies et des dispositifs efficaces.
La définition d'orientations pour les
politiques publiques en matière de développement du tourisme
vitivinicole en France paraît nécessaire pour réunir les
conditions favorisant la mise en oeuvre de stratégies collectives dans
le domaine du tourisme vitivinicole proposé par la France pour valoriser
et accompagner les projets individuels (ou de groupes ou de régions
…). Il faut donner aux différents acteurs les repères qui
leur permettront d'inscrire leurs initiatives dans leur espace et dans la
durée.
Les propositions résultant
de ces constats s'articulent autour de quatre axes structurant une politique
d'accompagnement au développement de l'œnotourisme et d’une
initiative.
1. Construire une
culture commune de valorisation par l’œnotourisme du patrimoine
vitivinicole français, avec deux éléments essentiels : les
paysages et l’architecture ;
2. Accroître
la lisibilité de l’offre touristique et viticole ;
3. Mettre
l’œnotourisme en réseau avec les autres formes de tourisme ;
4. Former ensemble
les acteurs de l’œnotourisme,
5. Et proposer une initiative
politique emblématique portée en commun par les deux
ministères de l’Agriculture et du Tourisme, initiant un appel
à projets intégrés portés par les Vignobles et
leurs terroirs.
I - Construire une culture
commune de valorisation du patrimoine vitivinicole français (avec deux
éléments essentiels : les paysages et l’architecture) par
l’œnotourisme
Cela passe par la formation et la
participation à des actions communes. Actuellement, on peut constater
l'émiettement et le foisonnement des formations proposées :
qu'elles soient initiales ou professionnelles, diplômantes ou pas,
agricoles ou touristiques, ou commerciales, … ou
hôtelières… on créé du cloisonnement entre
les acteurs. Il s'agit donc de proposer des formations pluridisciplinaires et
intersectorielles visant à une connaissance partagée de ce
domaine.
· Proposition n° 1 : Elaborer, avec tous
les secteurs professionnels concernés, un corpus commun de connaissances
et de compétences sur le développement du tourisme vitivinicole
dans les vignobles de France.
Ce corpus doit intégrer a minima les champs
suivants : territoires, paysages, terroirs, production, produits,
commercialisation, culture, patrimoine, accueil, restauration, tourisme et
communication.
· Proposition n° 2 : Créer un
événement annuel (états généraux de
l'œnotourisme ou destination vignobles) avec appel à projets et
prix sous le double patronage de l'Agriculture et du Tourisme.
La formation est une oeuvre de longue haleine qui
s'étire sur le temps.
Un relais "évènementiel" qui
image cette volonté de culture commune est précieux pour
actualiser et ponctuer la démarche : par exemple manifestation annuelle
type "Etats généraux du tourisme vitivinicole" ou
"Destinations vignobles" avec concours de projets pourrait jouer ce
rôle, sous patronage agriculture/tourisme. La procédure mise en
place pour l’attribution des prix pour les villes et villages fleuris
pourrait servir utilement de modèle. En effet, elle mobilise tous les
échelons territoriaux : communes, départements et régions
avant l’attribution des prix nationaux par un jury national et la remise
de ces prix lors d’une cérémonie à PARIS sous la
présidence du ministre du tourisme et en présence de tous les
acteurs concernés : autres ministères (dont agriculture),
établissements publics (comme Viniflhor), structures privées
(comme la presse spécialisée) et collectivités
territoriales.
· Proposition n° 3 : Inscrire dans nos
politiques la Convention Européenne du Paysage et soutenir
l’élaboration de Chartes Paysagères et Chartes
d’Accueil, de charte européenne de l'œnotourisme.
La Convention Européenne a été
ratifiée récemment par la France. Les pouvoirs publics, et
notamment le ministère de l'agriculture en charge des espaces ruraux et
de la filière viticole, peuvent accompagner et reconnaître ces
projets et réalisations par le biais de contrats, intégrés
aux mesures de soutien de la filière vitivinicole. Cet accompagnement
réglementaire économique, technique et social les
procédures de valorisation répondrait à une logique de
projet de territoire attestée.
Par exemple :
-
les chartes paysagères par terroirs (ou vignobles ou appellations).
Un bon exemple est donné par la
Charte de Fontevraud en Val de Loire qui s'appuie sur l'inscription des sites
au Patrimoine Mondial de l'humanité et qui a vocation à
étendre cette démarche à d'autres sites.
-
les chartes d'accueil, sur le plan touristique peuvent être
traitées de même.
A titre
d’exemple, on peut citer le réseau des "Pays
touristiques" dont la charte nationale propose les bases d’une
contractualisation territoriale optimale précisant les fonctions
qu’ils sont amenés à remplir dans les 7 domaines
d’intervention suivants :
- am& |